Politics

« Voir les jeunes filles renoncer aux mathématiques est inquiétant alors que cette matière a un statut majeur dans nos sociétés »


Cédric Villani, à Paris, le 10 mars 2020.

Pour Cédric Villani, mathématicien et député (ex-LRM), la réforme du baccalauréat a accentué certains biais. Candidat à un nouveau mandat en Essonne, celui qui affiche désormais son soutien à Europe Ecologie-Les Verts regrette l’accentuation des écarts de niveaux dans cette discipline, et la faible proportion des filles dans la spécialité « maths » en terminale.

En 2018, vous aviez rédigé, avec l’inspecteur général Charles Torossian, un rapport sur l’enseignement des mathématiques en France, où vous faisiez vingt et une propositions. Quatre années plus tard, les inquiétudes sur le niveau en mathématiques des jeunes Français se sont accrues. Votre rapport est-il resté sans suite ?

Le rapport de 2018 portait essentiellement sur l’école primaire, car c’est là que se trouvent les leviers les plus importants pour réformer l’ensemble du système lié à l’enseignement des mathématiques. Sur les quatre années écoulées, on ne peut pas dire que le gouvernement n’ait rien fait. Une refonte a été réalisée au niveau de la formation des enseignants du primaire, accompagnée de la mise en place de laboratoires de mathématiques dans le secondaire, qui permettent aux professeurs de mener collectivement une réflexion sur l’enseignement de leur discipline. La grande majorité des actions recommandées par le rapport ont été prises en compte.

Il est vrai néanmoins qu’une fronde inédite de sociétés savantes, d’associations de mathématiques, d’astronomie et d’astrophysique, de biométrie, de biophysique, d’informatique, d’ingénieurs, de physique chimie, de classes préparatoires scientifiques, s’est constituée, très critique sur les conséquences de la réorganisation du baccalauréat.

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On a constaté plusieurs indicateurs défavorables concernant cette réforme, notamment que les filles lâchent prématurément les mathématiques. En 2021, seulement 25 % des lycéennes ont bénéficié d’un enseignement de mathématiques de plus de 6 heures hebdomadaires contre 45 % avant la réforme. Ensuite, c’est la discipline qui a perdu le plus d’heures d’enseignement au cours de cette réorganisation du baccalauréat. Cela ne correspond pas aux engagements du ministère de l’éducation nationale au début du quinquennat.

On a également noté que les mathématiques n’ont pas trouvé de place dans le tronc commun des matières que doivent suivre les lycéens. Enfin, si les enseignants du supérieur reconnaissent qu’une partie du vivier (ceux qui ont suivi l’option « maths expert ») arrive dans leurs classes avec un niveau intéressant, il y a néanmoins une grande hétérogénéité des profils ; cela ne date pas de cette réforme, mais la situation s’est aggravée.

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