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Un employé de l’Union européenne placé en détention par Pékin


C’est une affaire sans précédent. En septembre 2021, un employé chinois de la délégation de l’Union européenne à Pékin a été arrêté. Depuis huit mois, il est en prison. Motif de l’incarcération : « susciter des querelles et provoquer des troubles », un crime passible de cinq années de prison.

Né en décembre 1971, An Dong était employé au service informatique de la délégation européenne. Inquiet de sa disparition après son arrestation, le 11 septembre, son employeur a fini par apprendre qu’il était incarcéré à des milliers de kilomètres de Pékin, dans le Sichuan, une province de l’ouest du pays dans laquelle il n’a aucun lien.

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Voulant connaître les raisons précises de cette incarcération, la délégation européenne a fini par rédiger courant octobre une première « note verbale » au ministère des affaires étrangères chinois. Dans cette lettre que Le Monde a pu consulter, la délégation « s’inquiète de la détention de [son] employé local et plus encore de l’échec des autorités concernées d’expliquer la raison de sa détention ». Elle demande que le département des affaires européennes du ministère des affaires étrangères enquête et la tienne informée. Elle réclame aussi qu’An Dong puisse avoir accès à un avocat de son choix et non à un avocat commis d’office.

Ne recevant aucune réponse, la délégation a envoyé fin novembre une seconde note verbale, plus ferme pour exiger que « M. An Dong soit immédiatement libéré sans condition à moins qu’il n’y ait des preuves suffisantes, crédibles et recevables qu’il a commis un délit internationalement reconnu [comme tel] ». Une demande restée sans suite, tout comme la troisième note verbale envoyée en février 2022 et qui reprend la formulation déjà utilisée.

Au sein de la délégation, An Dong ne cachait pas ses convictions chrétiennes. Il lui arrivait de s’exprimer sur Facebook. Rien qui ne justifie, pour autant, une incarcération.

Le personnel chinois sous pression

Il semble que ce soit la première fois qu’un employé chinois d’une représentation diplomatique occidentale soit arrêté pour autre chose qu’une affaire de droit commun. Ce précédent risque d’accroître la pression sur cette catégorie de personnel. Les auxiliaires chinois des ambassades, des organisations internationales mais aussi des médias étrangers signent un contrat de travail avec leur employeur étranger mais aussi avec une administration chinoise dépendant du ministère des affaires étrangères, le Beijing Personnel Service Corporation for Diplomatic Missions. Jusqu’en 2021, leur recrutement par l’employeur devait être simplement enregistré par cet organisme. Depuis, il doit être approuvé et la procédure peut prendre plusieurs mois. Les salariés sont payés par cet organisme, qui réceptionne l’argent versé par l’employeur étranger (et prélève au passage une commission).

Il est de notoriété publique que ces employés chinois sont régulièrement appelés à « rendre des comptes » aux autorités. On peut craindre qu’en arrêtant l’un d’entre eux dans une mission diplomatique, les autorités chinoises cherchent à effrayer ses collègues. En décembre 2020, Haze Fan, une Chinoise travaillant pour l’agence de presse Bloomberg, avait été arrêtée à son domicile pour « atteinte à la sécurité nationale ». Nous n’avons plus aucune nouvelle d’elle depuis ce jour.

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