Politics

Thérapies à ARN: y a-t-il un espoir pour l’endométriose?


Trois lettres pour une clé génétique qui semble être une révolution pour la médecine: l’ARN, pour acide ribonucléique. À vrai dire, une fausse révolution, puisque l’ARN messager, utilisé dans le vaccin contre le Covid-19 du laboratoire Pfizer-BioNTech, fut découvert en 1961. L’ARN est une molécule dont la structure est très proche de celle de l’ADN. Elle est présente chez la plupart des êtres vivants et sert à synthétiser les protéines, principales composantes de nos cellules.

En août 2021, le magazine d’actualité scientifique Epsiloon affirmait dans un article sur l’ARN: «C’est simple, on ne voit pas ce qu’il ne soignerait pas!» L’endométriose, peut-être?

Aucun traitement curatif

Cette maladie affecterait une femme en âge de procréer sur dix. Elle se caractérise par la présence dans le corps de tissus similaires à celui de l’endomètre, la muqueuse intérieure de l’utérus qui se désagrège pendant les règles. Outre cette similarité histologique, ces tissus vont répondre aux hormones du cycle, comme l’endomètre. Par conséquent, au moment des règles, ils saignent, peuvent créer des douleurs et des adhérences entre les organes de la cavité abdominale, limitant leur mobilité naturelle. L’endométriose peut se révéler très handicapante et provoquer des problèmes de fertilité. Bien que scientifiquement décrite depuis une centaine d’années, cette pathologie n’est connue de manière précise que par peu de médecins. Mi-janvier, le président Emmanuel Macron, pour la première fois depuis le début de son mandat, a communiqué sur la prise en charge de cette maladie en France.

Actuellement, seuls les traitements anti-douleurs, hormonaux et chirurgicaux sont utilisés pour soulager celles qui en souffrent. On estime qu’entre sept et dix ans peuvent s’écouler entre l’apparition des premiers symptômes et le diagnostic. Les chercheurs savent aujourd’hui qu’une partie de l’origine de l’endométriose s’expliquerait par la génétique, c’est-à-dire que des variants de prédisposition pourraient être présents dans notre matériel génétique. Nos gènes sont transcrits en ARN, dont des ARN messagers qui codent pour des protéines; de nombreux transcrits ne codent cependant pas pour des protéines, mais l’ARN produit a des fonctions biologiques parfois clairement identifiées (comme pour la sous famille des microARN). Alors face à l’errance qui l’entoure, pourquoi ne pas tenter la piste de la «révolution ARN»?

«Le futur des traitements de lendométriose»

En mars 2020, le Dr Hugh Taylor, spécialiste de l’endométriose de l’hôpital Yale-New Heaven partageait son enthousiasme à l’American Society of Gene and Cell Therapy: «Les thérapies géniques et thérapies à ARN sont le futur du traitement de l’endométriose.» Le praticien a étudié le lien entre l’ARN et l’endométriose en se focalisant sur certains de ces microARN; ces petits ARN non codants (21-23 nucléosides) sont capables de réguler l’expression d’autres gènes après leur transcription en ARN messager, soit en les dégradant, soit en bloquant leur traduction en protéine. «Les microARN sont particulièrement liés aux ARN messagers et bloquent la traduction génétique. Avec ces microARN, nous pouvons ainsi cibler les gènes en cause dans l’endométriose», explique-t-il à Slate.

Ses recherches se sont particulièrement focalisées sur le microARN Let-7b. En 2018, Hugh Taylor et son équipe ont publié dans la revue scientifique Journal of Cellular and Molecular Medicine une étude rapportant des expériences utilisant les microARN dans des modèles animaux. «Let-7b est un microARN dont nous savons qu’il est sous-exprimé pour l’endométriose. Dans ce cadre, le remplacer [et augmenter sa concentration] corrige l’expression des gènes qui dirigent le développement de la maladie, précise le médecin. Nous avons montré cela sur des modèles animaux et nous attendons de pouvoir le tester sur des modèles humains.» Son étude a prouvé que procurer des copies du microARN Let-7b pouvait limiter l’extension des lésions endométriosiques dans l’organisme.

«Il existe des protéines qui peuvent restreindre la cancérogenèse, car elles vont agir contre la vascularisation des cellules cancéreuses.»


Daniel Vaiman, chercheur

L’endométriose n’est pas une maladie infectieuse, mais plutôt une maladie chronique. «Si on fait un parallèle avec le cancer, qui présente des similarités avec l’endométriose, on pourrait imaginer utiliser des microARN ciblant des gènes de prédisposition à l’endométriose. Il existe des protéines qui peuvent restreindre la cancérogenèse, par exemple, car elles vont agir contre la vascularisation des cellules cancéreuses. Mais aujourd’hui, nous sommes au début de tout ça», décrit Daniel Vaiman, chercheur à l’Inserm et responsable de l’équipe Génomique, épigénétique et physiopathologie de la reproduction à l’Institut Cochin.

L’application des vaccins à ARN, elle, est évidente seulement pour d’autres maladies. «C’est presque plus de la technologie que de la biologie. Mais concernant le cas de maladies chroniques ou maladies endogènes [telles des dysfonctions génétiques] qui ne sont pas infectieuses, là, nous sommes dans la biologie. Lorsque vous parlez d’endométriose, de cancer ou de diabète, il s’agit de maladies complexes dont la part génétique elle-même est très multigénique. Il n’y a pas un “gène de l’endométriose”. Pour pouvoir avoir une action thérapeutique avec ce genre d’approches, il faudrait être capable d’injecter à la personne une ou des molécules d’ARN qui code pour une ou des protéines qui agissent contre la pathologie sur laquelle on travaille», détaille-t-il.

«Nous sommes au début de tout ça»

Dans les cas de maladies métaboliques effectivement expliquées par un gène majeur comme les diabètes de type 1, quel serait l’avantage de donner de l’ARN messager codant pour l’insuline plutôt que l’insuline directement? «Le délai d’action du traitement serait très long. Le temps que l’ARN soit injecté, qu’il arrive au ribosome, il va s’écouler plusieurs heures et l’ARN est une molécule à durée de vie courte. Pour l’utilisation dans l’endométriose, ça semble donc un peu prématuré.»

L’apparition de l’endométriose chez une patiente dépend donc de nombreux gènes, qui pour la plupart ne sont pas identifiés aujourd’hui. «L’idée d’un traitement immédiat à l’ARN est potentiellement intéressante. Cependant, aujourd’hui, on ne peut pas identifier un gène dont on pourrait injecter l’ARN messager pour compenser un défaut génétique et prévenir le développement de cette maladie. Alternativement, il se pourrait que la génétique soit tellement complexe, basée sur tellement de gènes que cela serait irréaliste d’intervenir de cette façon. Un scientifique ne peut pas dire “non, ça ne marchera jamais!”, mais disons que la réflexion doit encore maturer dans le cas de l’endométriose», résume Daniel Vaiman.

Inscrivez-vous à la newsletter de SlateInscrivez-vous à la newsletter de Slate

En 2021, des scientifiques de l’université d’Oxford ont trouvé un gène spécifiquement impliqué dans le développement de l’endométriose. Les thérapies à ARN représentent un véritable espoir pour l’avenir de la médecine. Elles pourraient traiter la DMLA, les insuffisances cardiaques ou même le sida, pour lequel un vaccin à ARN messager est en cours de test.



Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published.