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Sciences Po Grenoble dénonce une décision « politique » après la suspension de financements par Laurent Wauquiez


Des étudiants manifestent contre l’islamophobie, devant le campus de Sciences Po Grenoble, à Saint-Martin-d’Hères (Isère), le 9 mars 2021.

La direction de Sciences Po Grenoble a regretté, mardi 21 décembre, la décision « politique » du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, de suspendre les financements de la collectivité à l’école, sur fond de débat autour la liberté d’expression. L’affaire a suscité, mardi, une cascade de prises de position, de Marine Le Pen à Eric Zemmour, en passant par Valérie Pécresse.

La décision de sanction financière est intervenue après un arrêté interne visant Klaus Kinzler, un professeur d’allemand qui avait été accusé d’« islamophobie » en début d’année : il a été suspendu, lundi, de ses fonctions par la direction de Sciences Po Grenoble qui lui reproche d’avoir tenu, depuis, des « propos diffamatoires ».

Qualifiant la décision de M. Wauquiez de « regrettable », la direction de l’Institut d’études politiques (IEP) précise dans un communiqué que « le soutien financier de la région (…) ne consiste pas en des subventions mais, essentiellement, en l’attribution de bourses aux étudiants ».

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« Des accusations ineptes sans aucun fondement »

« Cette décision semble, par ailleurs, motivée par un motif politique, davantage que par la réalité de la situation au sein de l’institution », ajoute le texte en appelant le président de la région à « revenir sur sa décision dans l’intérêt des étudiants ». « L’IEP de Grenoble-UGA fait désormais l’objet d’accusations ineptes de dérive idéologique et communautariste”, de wokisme ou encore de cancel culture », ce qui n’a « aucun fondement ni réalité dans son fonctionnement », poursuit le communiqué.

La veille, dans un message publié sur Twitter, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez, faisait savoir qu’il suspendrait les financements régionaux – environ 100 000 euros par an hors investissements sur projets – à l’IEP de Grenoble, du fait de la « longue dérive idéologique et communautariste », qui vient de « franchir un nouveau cap » avec la suspension de l’enseignant. Selon lui, « une minorité a confisqué le débat » au sein de l’établissement, « sans que la direction prenne la mesure de cette dérive préoccupante ».

Lundi, M. Kinzler a été suspendu de ses fonctions pour quatre mois, la directrice de l’IEP Sabine Saurugger lui reprochant des « propos diffamatoires » dans des interviews accordées début décembre au site de l’hebdomadaire Marianne, au quotidien L’Opinion et à la chaîne CNews. Il a, selon la directrice, « gravement méconnu plusieurs obligations », notamment en matière de « discrétion professionnelle ». « Il y a lieu à saisir le conseil de discipline », ajoute-t-elle dans l’arrêté qui le suspend pour quatre mois.

Dans ses interviews, l’enseignant a décrit l’IEP comme un institut de « rééducation politique », accusant un « noyau dur » de collègues, adeptes, selon lui, des théories « woke », d’endoctriner les étudiants, et la direction de l’IEP de laisser faire.

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« Dérives extrémistes de monsieur Wauquiez »

Des accusations reprises en chœur par différents responsables de droite comme d’extrême droite depuis lundi sur les réseaux sociaux. A l’image de Valérie Pécresse, la candidate des Républicains à l’élection présidentielle, qui a demandé à la ministre de l’enseignement supérieur, Frédérique Vidal, de « diligenter une mission d’inspection sur la situation et de rendre publiques les conclusions », se disant dans un tweet, « inquiète que la liberté d’expression ne soit plus assurée à l’IEP de Grenoble ».

Olivier Vial, le président du syndicat étudiant de droite Union nationale interuniversitaire (UNI) a salué la suspension de financement « suite aux dérives communautaristes de l’établissement ». « Soutien à Klaus Kinzler (…) étrange impression que l’on condamne la mauvaise personne », a tweeté Eric Ciotti, le finaliste du congrès LR.

A l’extrême droite, la sanction de M. Wauquiez a été saluée sur Twitter d’un « Bravo ! » par Marine Le Pen, la candidate de Rassemblement National à l’élection présidentielle. « Laurent Wauquiez a parfaitement compris comment couper court à l’infiltration de nos grandes écoles par l’islamo-gauchisme : en commençant par fermer le robinet du financement public », a, quant à lui, écrit le candidat Eric Zemmour.

Le groupe d’élus régionaux Les Ecologistes s’est, au contraire, dit « inquiet des dérives extrémistes de monsieur Wauquiez », l’accusant dans un communiqué de « jouer aux inquisiteurs avec les encouragements d’Eric Zemmour ». « Laurent Wauquiez n’est pas dérangé quand il s’agit de financer le projet de campus de l’université catholique de Lyon », a également taclé Guillaume Gontard, sénateur écologiste de l’Isère. « Une certaine conception de la République, partisane et non laïque », a-t-il également pointé.

« La décision unilatérale, comme la méthode autoritaire du président de la région Auvergne-Rhône-Alpes », ont été critiqués par le groupe d’élus régionaux Socialiste, écologiste et démocrate. « La violence, l’arbitraire et les considérations politiques n’ont rien à faire dans une politique régionale de l’enseignement supérieur, de la recherche et de la vie étudiante », ont-ils fait savoir à travers un communiqué, avant d’ajouter :

« Nous en appelons à une réaction rapide et proportionnée du ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche qui doit faire respecter les principes de nos institutions, l’indépendance des instances de gouvernance de nos grandes écoles, mais aussi l’intérêt et la réputation de nos établissements. »

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L’affaire était née fin 2020, quand M. Kinzler et une collègue historienne avaient échangé des courriels véhéments à propos d’une journée de débats, intitulée « racisme, antisémitisme et islamophobie », en contestant cette formulation et en critiquant l’islam.

Le 4 mars, le professeur avait été, avec un autre enseignant, la cible d’affichettes l’accusant d’« islamophobie » placardées par des étudiants à l’entrée de l’institut et relayées sur les réseaux sociaux par des syndicats. A l’époque, la direction avait condamné « très clairement » ces affiches, tout en estimant que la façon dont M. Kinzler parlait de l’islam était « extrêmement problématique ».

Dans son communiqué mardi, la direction estime s’être tenue « sans réserve » aux côtés des deux professeurs incriminés et avoir pris « les mesures nécessaires » pour leur sécurité.

Le Monde avec AFP





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