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Réforme des retraites : comment le gouvernement repousse petit à petit son calendrier



Il est urgent d’attendre. Pendant la campagne présidentielle, la réforme des retraites était celle à mener en priorité. Lors de sa conférence de presse pour présenter son programme, le 17 mars dernier, Emmanuel Macron avait été très clair. “Étant donné la tenue des comptes publics, il est tout à fait normal que nous travaillions plus”, avait affirmé le candidat à sa réélection. Le relèvement de l’âge légal était alors fixé à 65 ans, contre 62 ans aujourd’hui. Les négociations devaient porter sur le rythme du relèvement de l’âge et aussi sur les ajustements à prévoir pour les carrières longues, les métiers pénibles. Et il fallait aller vite. Lors de cette conférence de presse, le calendrier annoncé était plutôt condensé. Début des concertations après l’élection présidentielle, étude d’un projet de loi par le Parlement à la fin de l’été, pour une entrée en vigueur de la loi en 2023.

Voilà pour la théorie, mais en pratique tout ne se passe pas toujours comme prévu, surtout lorsque vous touchez au sujet sensible de la retraite. Évidemment rien n’a bougé avant la nomination de la Première ministre Élisabeth Borne. Puis, il a fallu encore attendre celle du gouvernement. C’est à Olivier Dussopt qu’est revenue la charge de mettre en œuvre la réforme. Première étape : le lancement de la concertation. Et l’option choisie est d’avancer doucement… très doucement.

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La méthode douce

Pendant près de deux semaines, le nouveau ministre du Travail a reçu les leaders des principales organisations syndicales et patronales. Pas question pour le moment d’entrer dans le dur des négociations. Il s’agit simplement d’une première prise de contact. La retraite n’était d’ailleurs pas le seul sujet des discussions. Pouvoir d’achat, négociation de branches pour l’augmentation des salaires, chômage… la liste était plutôt longue. Et quant au dossier retraite, d’après une syndicaliste qui a participé à ces rencontres, le mot d’ordre est “pas de précipitation”.

Aucun calendrier n’a été présenté. Le report de l’âge de départ à 65 ans n’est plus un “totem”, comme l’a déjà dit Élisabeth Borne. Lors de ses rencontres avec les partenaires sociaux, Olivier Dussopt a bien pris soin de ne pas évoquer cet âge de 65 ans. Les discussions ont porté sur le dispositif de carrière longue, l’amélioration de l’emploi des seniors ou encore la pénibilité. Bref, des sujets sur lesquels le consensus semble un peu plus facile à trouver.

État des lieux financiers

Suivant la ligne de conduite du gouvernement, Olivier Dussopt a abordé la question de l’âge par le prisme financier. Il a rappelé aux partenaires sociaux que le régime serait en déficit jusqu’en 2035 et qu’il serait compris entre 7 et 16 milliards d’euros. Mais il a tenu a affirmé qu’il était important d’avoir un état des lieux précis des finances du régime et qu’il pourrait demander au Conseil d’orientation des retraites (Cor) de travailler sur différentes hypothèses.

D’ailleurs, pour analyser la santé financière du régime de retraite, le gouvernement s’appuie sur le rapport annuel du Cor, traditionnellement publié en juin. Les chiffres étaient donc attendus. Mais il faudra encore être patient. D’après une information du Canard Enchaîné, confirmée par le Cor, cette publication est reportée. “Le rapport annuel du Cor s’appuie, comme le prévoit la loi, pour le court terme, sur les prévisions économiques du gouvernement. Cette année, du fait de l’élection présidentielle, le gouvernement n’a pas établi comme à l’habitude de telles prévisions dans le cadre de l’exercice européen, programme de stabilité et de croissance”, détaille l’instance qui regroupe des parlementaires, partenaires sociaux et experts. Le Conseil n’est pas pour le moment en mesure de communiquer la date précise de sa publication.

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D’autres réformes en parallèle

Autre argument pour une temporisation du lancement de la réforme, l’attente des résultats des mesures déjà en cours. Ainsi, Olivier Dussopt a rappelé à plusieurs reprises qu’actuellement une mesure incitait déjà à travailler plus longtemps : la réforme Touraine. Elle allonge la durée de cotisation nécessaire pour obtenir le taux plein. À terme, pour les générations nées en 1973 et après, il faudra avoir cotisé 43 pour partir à la retraite sans décote. Mécaniquement cette réforme doit inciter un certain nombre d’actifs à repousser leur départ. Mais cette mesure n’a été mise en route qu’en 2020 et actuellement son impact n’a pas encore été mesuré.

Dernier point mis en avant par plusieurs syndicats lors de la rencontre avec Olivier Dussopt, l’emploi des seniors. Si des mesures sont prises pour améliorer leur employabilité, plus de seniors seront sur le marché du travail. Et l’effet serait vertueux puisque la hausse du nombre de seniors en emploi entraînerait une hausse des cotisations versées et donc une situation améliorée de la situation financière du régime. Mais là encore, le gouvernement n’est qu’au début du chemin du travail à mener sur cette question.



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