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Pour les enfants d’Ukraine, l’exil et les périls


Des dessins d’enfants ukrainiens évacués d’un orphelinat de Lviv (Ukraine) vers la Pologne par une communauté baptiste américaine, le 23 mars 2022.

Il faut rouler une heure en direction du sud depuis Cracovie. Prendre les routes sinueuses qui grimpent jusqu’aux montagnes. C’est là, dans une station polonaise de sports d’hiver gagnée par le printemps, qu’une trentaine d’enfants d’un orphelinat privé de la région de Lviv, dans l’Ouest ukrainien, ont été déplacés début mars.

Un centre de vacances leur a été gracieusement mis à disposition par ses propriétaires, un couple de Polonais. Dans une des chambres de l’établissement, Anastasia, Ivanka et Ania, âgées de 6, 7 et 9 ans, s’amusent sur les lits. Le matin, elles sont allées à l’école. Ces trois sœurs ont été placées en orphelinat il y a un an avec leur frère Volodymir, 3 ans, à la suite de faits d’abus sexuel. Ania sait que c’est la guerre qui l’a amenée dans ce coin de Pologne. « Elle n’est pas inquiète, croit savoir Natalia, l’éducatrice de 26 ans qui partage la chambre de la fratrie. Les grands en parlent beaucoup entre eux et nous prions trois fois par jour. »

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Agés de 2 à 17 ans, les enfants de l’orphelinat « ont été retirés à leurs parents de façon définitive ou temporaire à cause de problèmes d’addictions, de négligence ou d’abus », explique Wendy Lynn Farrell. Cette Américaine de 39 ans est membre active d’une communauté baptiste de Springfield, dans l’Etat du Missouri, dont l’Eglise est le principal soutien financier de l’orphelinat, à travers la fondation Children’s Paths (« les Sentiers des enfants »). Elle-même a adopté une adolescente de Crimée en 2013. Elle fait partie des artisans de l’évacuation des enfants en Pologne.

Aujourd’hui, l’objectif de Wendy est d’amener le groupe aux Etats-Unis, avec l’aval des autorités ukrainiennes et « le temps que ça se calme ». « A Springfield, notre communauté connaît ces enfants et pourra les soutenir. Ils n’auront besoin de rien », justifie-t-elle. Les enfants n’ont d’ailleurs pas été enregistrés comme réfugiés auprès de l’administration polonaise, « pour ne pas limiter nos chances », explique-t-elle.

« Risques de trafic »

Leah a bien envie d’aller aux Etats-Unis. Dans le même temps, cette adolescente de 15 ans, placée depuis 2014, ne cache pas son anxiété. « Mon père et mon frère sont à Lviv mais ma mère vit à Marioupol [dans le sud de l’Ukraine] et je n’ai plus eu de nouvelles d’elle depuis le 5 mars, confie-t-elle. Elle ne reçoit plus les messages ni les appels. »

« La plupart des enfants n’ont pas de relation avec leurs parents et ceux-ci ne se sont pas du tout inquiétés de leur sort », assure toutefois Mykola Shagarov, le directeur de l’orphelinat, lui-même réfugié en Pologne. Cet Ukrainien de 46 ans déclare que tout est fait « dans le respect de la loi » et que « les processus d’adoption sont suspendus pendant la guerre ». Il sait qu’il existe dans cette période de crise des « risques de trafic ».

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