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Les poissons ont-ils parfois soif?


Pourquoi envions-nous l’orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d’une balade, sous la douche ou au cours d’une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L’Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected]

Imaginez un instant un poisson assoiffé, prêt à tout pour engloutir un simple verre d’eau. L’idée vous fait des nœuds au cerveau? Rien de plus normal. C’est comme s’imaginer vivre au beau milieu d’un plat de pâtes géant et se demander si on peut mourir de faim. Ça ne colle pas.

Avec toute cette eau à leur disposition, on pourrait croire que les poissons n’ont pas besoin de se désaltérer. Pourtant, à l’instar des humains, ils n’échappent pas à ce besoin primaire: sans boire, les poissons ne pourraient pas vivre. Mais c’est un peu plus compliqué qu’il n’y paraît.

Pas la mer à boire

La nature fait bien les choses, certes, mais elle a tendance à les faire légèrement compliquées tout de même. Pour les poissons par exemple, il ne suffit pas d’ouvrir la bouche pour profiter sereinement de l’eau qui les entoure. Ils peuvent l’absorber par leur bouche, leur peau et leurs branchies: ils n’ont pas une seule façon de le faire, mais bien plusieurs. La manière et la fréquence dont ils s’hydratent dépend de l’espèce concernée et, surtout, du type d’eau dans laquelle ils évoluent.

La première chose à noter est que, qu’ils soient marins ou d’eau douce, les poissons doivent constamment se prêter à un petit jeu d’équilibriste pour rester bien hydratés. Autrement dit, ils doivent faire la balance permanente entre la quantité d’eau et de sel dans leur corps. C’est un peu leur astuce bien-être.

Dans la mer, cette astuce est mise à rude épreuve. Le corps des poissons y est moins salé que leur environnement, ce qui entraîne un phénomène appelé «osmose»: quand deux liquides de salinité différente sont séparés par une membrane, l’eau la moins concentrée passe vers le côté le plus concentré pour égaliser. Ce processus fait perdre sans cesse de l’eau aux poissons de mer: elle passe de leur corps à la mer en traversant leurs branchies. Afin de compenser pour ne pas se déshydrater, ils boivent donc beaucoup et tout le temps. Ce n’est pas la mer à boire, mais quand même, il faut s’y faire.

En eau douce, la situation est différente. Contrairement à leurs congénères des mers, les poissons qui y résident ont un sang dont la concentration de sel est bien plus élevée que celle de l’eau dans laquelle ils nagent. Le même processus d’osmose est à l’œuvre, mais dans le sens inverse: l’eau rentre en continu dans leur corps. L’enjeu pour eux est donc de boire le moins possible, voire pas du tout, afin de maintenir leur équilibre d’eau et de sel. Et quand ils ont absorbé bien trop d’eau malgré tout, les poissons d’eau douce emploient les grands moyens: ils urinent à tour de nageoires un mélange bien dilué.

Si l’on jette un œil aux chiffres, les poissons qui vivent dans les eaux salées des mers ou des océans remportent haut la main le trophée des plus gros buveurs aquatiques. Un poisson de mer boit en effet 10 à 30 ml d’eau par jour en moyenne contre 1 à 5 ml pour son voisin d’eau douce. Il faut dire que si ce dernier se mettait à trop en absorber, il finirait par gonfler, au point d’éclater. À l’inverse, un poisson de mer qui ferait la fine bouche face à cette eau qui l’entoure passerait ses derniers jours à mourir de soif. Dissuasif.

Qu’en est-il des poissons qui vivent un temps en mer, un temps en rivière, comme les saumons et les anguilles? C’est simple, leur organisme s’adapte dans les deux cas. Ils arrivent à augmenter leur concentration en sel lorsqu’ils se trouvent en eau salée, et inversement en eau douce. De plus, ils ont un self-control à toute épreuve: ils savent à la fois ne pas trop boire quand il le faut, ou, au contraire, s’envoyer de grandes lampées d’eau dans l’organisme et pisser partout sans vergogne si nécessaire. De vrais piliers de bar.

Noyer le poisson

Pour un humain, tenter de boire façon poisson, c’est risquer de voir de l’eau entrer en deux temps trois mouvements dans ses voies respiratoires, empêchant toute respiration. Bref, c’est la noyade assurée. Qu’en est-il des poissons? Peuvent-ils, eux aussi, se noyer? Oui, mais d’une manière quelque peu différente de la nôtre.

À l’instar des êtres humains, les espèces marines ont besoin d’oxygène pour vivre. Il y a bien de l’oxygène dans l’eau (trente fois moins que dans l’air) mais, pour le capter, les poissons ne peuvent empêcher l’eau de rentrer par la même occasion. Heureusement, ces derniers ont des organes respiratoires bien pensés: les branchies.

Sous les deux plaques osseuses situées à l’arrière de la tête du poisson (les opercules), on peut entrevoir ces fameuses branchies, semblables à une succession de plis. C’est par cette voie que les poissons respirent. Concrètement, quand le poisson ouvre la bouche pour inspirer, l’eau qui rentre inévitablement file droit dans les branchies qui récupèrent l’oxygène que contient le liquide. Une fraction de seconde après, l’eau vidée de son oxygène ressort par les opercules. Rapide et efficace.

C’est justement grâce à la rapidité d’exécution de ce processus que les poissons ne peuvent pas se noyer, précise Maxiscience. L’eau à peine rentrée repart déjà! Nos poumons, eux, sont incapables d’une telle prouesse. L’eau qui y rentre y reste, sans pouvoir être évacuée. Pas si facile d’être comme un poisson dans l’eau.

Le risque de noyade n’est pour autant pas impossible. Si leurs précieuses branchies sont endommagées à cause, par exemple, d’un hameçon ou d’une maladie, les poissons peuvent se retrouver en grande difficulté. Dans ce cas-là, ils ne meurent pas vraiment en inhalant trop d’eau, mais plutôt par manque d’oxygène. Et quand ce n’est pas un hameçon, ce sont parfois les filets de pêche qui leur sont fatals: certains poissons ont en effet besoin de nager continuellement pour capter l’eau et l’oxygène sur leur passage. Bloqués dans un filet, ils ne peuvent se déplacer et meurent en suffoquant. Même des branchies flambant neuves ne peuvent rien y faire.

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Un poisson en pleine forme peut aussi mourir asphyxié à cause d’un environnement devenu totalement inhospitalier. Si les eaux accumulent trop de nutriments, comme de l’azote ou du phosphore, un phénomène appelé «eutrophisation» se produit. Les plantes et algues fleurissent alors à tout va, tandis que l’oxygène dissous se fait de plus en plus rare, ce qui n’est évidemment pas sans conséquence pour la vie marine. À l’origine de ce phénomène mortel, on retrouve bien souvent les activités humaines, industrielles et agricoles. On peut donc bel et bien noyer le poisson, et l’humain semble particulièrement savoir comment s’y prendre.



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