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les craintes d’une action militaire russe à leur comble, les ressortissants français et allemands appelés à quitter le pays


Un soldat ukrainien devant un mur touché par un tir de mortier sur la ligne de front, dans la région séparatistes de Luhansk, dans l’est de l’Ukraine, le 19 février 2022.

Les tensions étaient à leur comble dans l’est de l’Ukraine, samedi 19 février. Les craintes d’une invasion russe vont croissant alors que les violations du cessez-le-feu sur le front est-ukrainien ont augmenté de manière « spectaculaire », selon les observateurs, et que Moscou a mené des exercices impliquant des tirs de missiles lourds.

Les Etats-Unis accusent toujours Moscou, qui a massé des dizaines de milliers de soldats près des frontières orientales de l’Ukraine, de se préparer à attaquer son voisin. Plus de 40 % des 150 000 soldats russes massés aux frontières de l’Ukraine sont désormais en position d’attaque, a déclaré vendredi un responsable du Pentagone. « Une guerre menace à nouveau l’Europe. Et le risque est tout sauf écarté », a aussi mis en garde le chancelier allemand Olaf Scholz samedi.

Dans ce contexte, la France et l’Allemagne ont recommandé à leurs ressortissants de quitter l’Ukraine et appellent ceux se trouvant dans les zones les plus exposées au risque de guerre dans l’est du pays à s’en éloigner « sans délai ».

Multiplications des affrontements entre forces ukrainiennes et séparatistes prorusses

Sur le front dans l’est de l’Ukraine, les forces armées ukrainiennes et les séparatistes prorusses se sont mutuellement accusés samedi de nouvelles graves violations du cessez-le-feu. Kiev a annoncé que de deux de ses soldats avaient été tués lors de ces affrontements, les premiers morts parmi les militaires ukrainiens depuis plus d’un mois.

Les observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont affirmé samedi avoir constaté une « augmentation spectaculaire » des violations du cessez-le-feu, pour un total de 870 vendredi. Selon eux, le nombre d’incidents armés sur la ligne de front est désormais identique à celui d’avant juillet 2020, date d’un accord pour renforcer le cessez-le-feu.

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Les séparatistes de la « république populaire de Donetsk » (Etat prorusse autoproclamé en 2014), qui accusent Kiev de vouloir reprendre leur territoire, ont qualifié la situation de « critique » et ont annoncé une « mobilisation générale », tout comme leurs voisins de la « république populaire de Louhansk ». La veille, ils avaient ordonné l’évacuation de civils vers la Russie voisine et près de 20 000 personnes ont quitté ces territoires samedi, selon les responsables locaux.

Des obus de mortier ont explosé, samedi, près de Denys Monastyrsky, le ministre de l’intérieur ukrainien, pendant son déplacement sur la ligne de front dans l’est du pays. L’incident, qui n’a pas fait de blessés, s’est produit près du village de Novolouhanske, sur le territoire de Donetsk, sur la ligne de front avec les séparatistes soutenus par la Russie, où le ministre et des députés ukrainiens se sont rendus.

Moscou a par ailleurs annoncé samedi l’ouverture d’une enquête après le signalement, dans des médias, d’un tir ukrainien tombé en territoire russe, près de la frontière ukrainienne, sans faire de dégâts ni de victimes.

Exercices de tirs de missiles russes et alertes américaines

Le président russe Vladimir Poutine (à droite) et son homologue biélorusse, Alexandre Loukachenko, observent des tirs d’entraînement de missiles balistique à Moscou, samedi 19 février 2022.

Le président russe, Vladimir Poutine, a personnellement supervisé samedi des exercices « stratégiques » avec des tirs de missiles « hypersoniques ». Le chef du Kremlin avait précédemment qualifié ces nouvelles armes « d’invincibles » et affirmé qu’elle pouvait porter des charges nucléaires.

« L’objectif principal des exercices est d’entraîner les forces offensives stratégiques pour infliger une défaite garantie à l’ennemi », a déclaré le chef d’état-major russe, Valeri Guerassimov, lors d’une réunion par visioconférence, où M. Poutine est apparu au côté de son homologue biélorusse, Alexandre Loukachenko. « Les objectifs prévus (…) ont été accomplis pleinement, tous les missiles ont atteint les cibles fixées », a indiqué le Kremlin dans un communiqué, précisant que ces manœuvres avaient impliqué des bombardiers Tu-95 et des sous-marins.

En réaction à cette nouvelle démonstration de force, les Etats-Unis ont réitéré leurs alertes. La vice-présidente américaine, Kamala Harris, a évoqué la menace d’un renforcement de l’OTAN dans l’est de l’Europe en cas d’attaque russe et averti Moscou de sanctions économiques « sévères et rapides ».

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Les Russes, qui ont massé 150 000 soldats aux frontières de l’Ukraine, « sont en train de se déployer et s’apprêtent à frapper », a soutenu samedi le secrétaire américain à la défense, Lloyd Austin, lors d’une visite en Lituanie. Selon lui, les soldats de Moscou « se dirigent vers les positions adéquates pour être en mesure de mener une attaque ». La veille, le président américain, Joe Biden, s’est déclaré « convaincu » que Vladimir Poutine avait décidé d’envahir l’Ukraine. Tout en affirmant que la multiplication des heurts visait à créer une « fausse justification » pour lancer une offensive, il a toutefois laissé la porte ouverte au dialogue.

L’Allemagne et l’Ukraine ont cependant pris leurs distances avec les déclarations très alarmistes des responsables américains. « Dans les situations de crise, le pire est de présumer ou d’essayer de deviner » ce qui va se passer, a déclaré à Munich la ministre des affaires étrangères allemande, Annalena Baerbock, rappelant que « nous ne savons pas si une attaque est déjà décidée ». « Nous ne pensons pas qu’il faille paniquer », a renchéri un peu plus tard le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, devant un parterre de diplomates et d’experts du monde entier.

Kiev appelle l’Occident à soutenir le « bouclier » ukrainien

« Depuis huit ans, l’Ukraine a été un bouclier. Depuis huit ans, l’Ukraine retient l’une des plus grandes armées au monde qui est massée à nos frontières et pas à celles » de l’Union européenne (UE), a lancé le dirigeant ukrainien, Volodymyr Zelensky, à ses alliés occidentaux lors de la conférence sur la sécurité de Munich, en Allemagne. Il les a également appelés à cesser toute politique « d’apaisement » avec Moscou.

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Alors que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN est une ligne rouge pour la Russie, M. Zelensky a également exigé, samedi, un calendrier « clair » pour l’entrée de son pays dans l’institution. Face à la Russie, l’Occident devrait « soutenir l’Ukraine et ses capacités de défense », a-t-il fait savoir. Le Kremlin continue de nier toute intention d’attaquer l’Ukraine mais conditionne la désescalade à des « garanties » pour sa sécurité, comme le retrait d’Europe de l’Est de l’infrastructure militaire de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et l’assurance que l’Ukraine n’adhérera jamais à l’Alliance atlantique – des demandes inacceptables pour les Occidentaux.

A Munich, Jens Stoltenberg a réaffirmé l’engagement « indéfectible » des membres de l’OTAN, dont il est le secrétaire général, à se protéger mutuellement. Le premier ministre britannique, Boris Johnson, a de son côté appelé les alliés à « l’unité », soulignant le « choc » pour le monde que représenterait une invasion. Le président français, Emmanuel Macron, doit s’entretenir dimanche à 11 heures au téléphone avec son homologue russe, Vladimir Poutine, pour tenter « encore d’éviter le pire », a précisé l’Elysée.

Le Monde



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