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Les commérages ne devraient pas avoir si mauvaise réputation



Kathryn Waddington, chercheuse en psychologie à l’université de Wesminster a consacré une grande partie de son travail à l’analyse du rôle des ragots et autres commérages. Dans le magazine The Conversation, elle explore l’évolution de leur prise en compte dans le monde d’aujourd’hui.

Dans les représentations culturelles et médiatiques, s’adonner aux commérages est une activité souvent représentée par le genre féminin. Quand la chercheuse a analysé les cent premiers résultats de recherche Google Images pour la traduction anglaise de commérages: «gossip», elle a trouvé 62% d’images avec uniquement des femmes et 31% d’images avec les deux genres. Pourtant, des scientifiques ont prouvé que le genre importait peu dans la pratique de cette activité –tout le monde s’adonne au même niveau de commérages.

Des formes de ragots peuvent être identifiées à travers l’Histoire et ce, bien avant l’avènement de la série Gossip Girl (2007). Ce serait en réalité une manière de partager des informations et d’identifier en groupe les personnes dignes de confiance. Le mot «gossip» est lui même daté du Moyen-Âge, raconte la chercheuse. À l’origine «godsibb», soit le parrain ou la marraine en ancien Anglais, a évolué pour devenir la personne qui aide la femme à accoucher, puis, après de multiple changements d’orthographe, il est devenu le fait de parler de manière familière. Il faut attendre les chasses aux sorcières du XVIe au XVIIIe siècle pour que le mot «gossip» se teinte d’un sens plus négatif: celui d’accuser une personne de pratiquer la sorcellerie. Suite à cela, il devient le fait de «piailler entre femmes» et reste teinté de sexisme aujourd’hui.

Pourtant, durant les mêmes siècles, l’habitude d’échanger et communiquer entre hommes à la table des cafés devient populaire et c’est ici que prendrait racine «le mythe selon lequel les femmes font des commérages quand les hommes ont des conversations sérieuses» explique Kathryn Waddington.

Conversations de machine à café

La chercheuse montre à l’inverse que le commérage est utilisé par les femmes comme les hommes dans le cadre professionnel et politique, parfois même dans le but d’établir des stratégies. Elle relève une différence genrée dans le choix des termes pour désigner l’activité de commérages, les hommes interrogés préfèrent: «débrief d’après-réunion», «conversations de couloirs», etc. Et souvent les personnes qui pratiquent l’activité sont qualifiées de personnes «sachant écouter» ou «avec de bonnes compétences sociales».

La chercheuse estime également que les commérages n’apportent pas toujours avec eux les effets négatifs qu’on leur prête comme le fait d’amplifier un phénomène. Parfois, ils sont aussi «associés à la compassion, l’empathie ou le fait de remarquer la souffrance de l’autre». Ragoter est aussi un moyen d’exprimer ses émotions et de lâcher du lest. Au travail, ce sont souvent les premières conversations pour comprendre, entre collègues, qu’il y a un problème organisationnel par exemple.

«Je ne dis pas que tous les commérages sont bons. […] Les commérages négatifs sont aussi utilisés à des fins de harcèlements, ce qui est nuisible au bien être. Le choix de ragoter -ou non- est toujours une décision éthique», écrit Kathryn Waddington.

La recherche scientifique s’intéresse au sujet depuis 25 ans, ainsi, on perçoit de plus en plus ses avantages, d’autant qu’avec le mouvement MeToo, la libération de la parole est encouragée. Suite à la pandémie et au confinement, d’aucun ont pu observer le retour des conversations de machines à café comme une manière agréable de sociabiliser.





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