Politics

Le journal de bord de Valentin Madouas, épisode 5: boucler la Grande Boucle



Publié le :

Valentin Madouas dispute cette année son troisième Tour de France avec l’équipe Groupama-FDJ, au service de son leader David Gaudu. Il nous raconte la course vue de l’intérieur du peloton dans des carnets de route hebdomadaires. Dernier épisode ce dimanche, alors que la course s’achève à Paris. La Groupama-FDJ repartira avec une belle 4e place au classement général pour David Gaudu.

Aux Champs-Élysées

Ça y est, on est dans le bus en direction de la région parisienne, et maintenant, on peut se relâcher autour d’un petit apéritif ! On trinque, on met de la musique, on se charrie sur les performances des uns et des autres : c’est bon enfant et ça montre à quel point on avait un bon groupe. Les années précédentes avaient été difficiles pour l’équipe, et c’était un soulagement de voir le bout du tunnel… Cette fois, c’est un peu différent, on est heureux d’en finir après trois semaines intenses et en même temps un peu nostalgiques à l’idée de lâcher les copains.

C’était une super aventure humaine, et il nous reste encore un moment magique à vivre, celui que j’attends avec le plus d’excitation : l’arrivée sur les Champs-Élysées. Paris, fermé, pour nous, en nocturne, c’est tellement beau ! Le classement général est neutralisé avant cette étape (seule la victoire d’étape se dispute, généralement au sprint, NDLR) et je trouve ça logique. On s’est fait la guerre pendant trois semaines en montagne, sur les pavés, bref sur tous les terrains. À Paris, ça n’a aucun intérêt, ce serait même dangereux à cause des aménagements urbains. Et puis, on a envie de profiter, nous aussi, du décor et de l’ambiance du Tour avant de retrouver notre « bulle » au moment de la bataille pour le sprint.

Jouer dans la cour des grands

Je suis vraiment content de mon Tour, j’ai su être solide sur la durée, constant, complet. J’ai donné mon maximum pour l’équipe et j’ai eu ma chance sur une étape (2ᵉ, à Foix, NDLR). Physiquement, j’ai l’impression d’être arrivé à mon meilleur niveau, surtout en troisième semaine. Résultat : je suis aussi aux portes du Top 10 du classement général (11ᵉ). Si quelqu’un avait parié là-dessus au départ, j’aurais pris ça pour une blague ! D’ailleurs, je n’ai pas spécialement couru pour ça, je me suis même parfois « relevé » les premiers jours pour garder des forces. Ensuite, à force de rester aux côtés de David, de m’accrocher le plus longtemps possible sur les étapes difficiles, pour l’aider en cas de problème, je me suis retrouvé bien placé. Ça m’a aussi permis de montrer que j’avais ma place à ce niveau-là.

Un jour, peut-être, je jouerai le classement général, mais peut-être pas à 100% comme David. Pour l’instant, je ne me sens pas capable d’assurer pendant trois semaines et de gérer la pression d’une équipe à mon service. Je vais continuer à prendre le Tour de France comme cette année, et au fur et à mesure, si j’arrive à prendre de l’avance avec une échappée, par exemple, ça pourrait me motiver pour m’accrocher un peu plus fort encore, et jouer une bonne place.

David et les Goliath

L’objectif « podium » était très élevé pour David et pour l’équipe. On y est presque, et c’est déjà grand ! La dernière étape de montagne, vers Hautacam, restera comme mon meilleur souvenir de ces trois semaines. On s’est sentis collectivement très proches des meilleurs, et David a bien terminé le travail (5ᵉ de l’étape, NDLR). Ce Tour va lui servir de base de travail et de déclic. Il sait maintenant qu’il peut gérer la pression, qu’il peut rester au niveau sur la durée.

Bien sûr, il y a deux coureurs au-dessus du lot pour l’instant : Vingegaard et Pogaçar. Ils sont jeunes, et je les vois se tirer la bourre pendant des années, même si le niveau général progresse aussi. Ça promet de belles batailles en montagne dans le futur. Pour cette année, Vingegaard est un beau vainqueur : il est discret, il est arrivé récemment dans le peloton, mais sa gestion de la course a été parfaite. Il a aussi su fédérer son équipe autour de lui, prendre conscience de son rôle, et assurer derrière. C’est mérité. 

Le mot de la fin

J’espère que vous avez pris autant de plaisir à me lire que moi à vous écrire. J’ai essayé de vous raconter mon Tour de France de l’intérieur, pour vous aider à mieux comprendre notre sport et cette course si particulière. Bel été à tous les auditeurs de RFI, et à l’année prochaine, j’espère !

                                                                                                             Sur la route de Paris, Valentin Madouas



Source link

Leave a Reply

Your email address will not be published.