Politics

la situation s’enlise, le provisoire s’est encore installé dans la durée


Campement installé porte de la Villette, à Paris, le 24 janvier 2022.

Installer les drogués accros au crack dans un petit jardin public coincé au bord du périphérique, à la lisière de Paris et de la Seine-Saint-Denis ? C’est « une solution qui ne peut être que temporaire, qui ne peut durer que quelques heures ou quelques jours », avait certifié le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, le 28 septembre 2021, devant les députés. Quatre mois après le transfert porte de La Villette (19e arrondissement) des 100 ou 200 consommateurs de cette « drogue du pauvre » qui erraient auparavant rue Riquet, pourtant, rien n’a bougé, et les riverains n’en peuvent plus.

Ils l’ont réaffirmé avec force, lundi 24 janvier au soir, lors d’une manifestation qui a réuni une centaine d’entre eux devant le « mur de la honte », celui érigé à la va-vite, en septembre, pour empêcher les toxicomanes de passer trop facilement de Paris à Pantin. Pour tous les participants, un seul espoir : que les pouvoirs publics agissent enfin pour débloquer la situation. « Nous aussi, on compte les jours, les heures », a expliqué Stéphanie Benoist, du collectif 93 Anti-crack. « Il y a une immense colère du fait que cela dure depuis quatre mois », soit cent vingt-deux jours, a souligné un autre responsable, le militant communiste Rafael Perez. Ajoutant : « Des choses pareilles, cela ne serait jamais arrivé dans les beaux quartiers. »

Lire le reportage : Article réservé à nos abonnés « J’ai besoin de l’aide de ceux qui ont encore de la bienveillance » : à la rencontre des usagers de crack de la porte de la Villette

En quatre mois, le provisoire s’est installé dans la durée. Malgré le froid, 100 à 150 consommateurs de crack fréquentent toujours le square pelé, y achètent cette drogue très addictive et bon marché, et la fument sur place. Des personnes en grande détresse, et parfois agressives. Nombre d’entre elles bénéficient des dispositifs d’accueil pour les sans-abri, mais quelques-unes dorment sur place. Le tout sous la surveillance discrète de quelques fourgons de policiers.

« On a retiré les abris, on a laissé les gens »

Ces dernières semaines, la mairie de Paris ayant cessé ses opérations de nettoyage complet, des baraquements en bois et en tôle ont fait leur apparition. Lundi matin, ils ont été détruits par des pelleteuses, sur ordre de la Préfecture de police. La physionomie générale du site s’était « dégradée », « avec une densification des installations » devenues « des points de fixation pour des personnes sous l’emprise ou en manque de crack », justifie le préfet dans son arrêté du 19 janvier. « Des violences sont observées sur le site ou à ses abords, notamment entre occupants sous l’emprise ou en manque de crack », note-t-il par ailleurs.

« On a retiré les abris, on a laissé les gens, constate pour sa part Rafael Perez. Cela touche à la barbarie, à l’ignominie ! » En outre, « si ces gens ont froid, maintenant, ils vont être obligés d’aller squatter dans le quartier », ajoute-t-il. François Dagnaud, le maire (Parti socialiste) de l’arrondissement, se montre moins négatif. « Ces baraques cachaient divers trafics et de la prostitution, relève-t-il. Tout ce qui permet de contrarier le trafic de crack et les violences faites aux femmes est bon à prendre. Mais c’est bien sûr très en deçà de ce qui est nécessaire. »

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