Politics

Ingrid Dordain, les combats d’une mère pour sensibiliser à l’autisme



Investie dans l’associatif, éducatrice spécialisée, et désormais engagée en politique, Ingrid Dordain mène plusieurs vies de front. La Française se bat pour que les enfants « différents » fassent partie de la société. Mais aussi, pour que leurs parents aient un droit au répit, et à une vie professionnelle épanouie.

Le calme après deux mois de tourbillon. Quand elle nous reçoit chez elle, à Amiens, un après-midi de la fin juin, Ingrid Dordain s’excuse pour « sa tête fatiguée ». La campagne des élections législatives vient de s’achever. Pour ses premiers pas en politique, la Picarde s’est présentée comme suppléante de Barbara Pompili, ex-ministre de l’Écologie d’Emmanuel Macron, réélue députée dans le département de la Somme. « La bataille a été rude, il faut accepter de prendre des coups, surtout en tant que femme », soupire-t-elle. Pourtant, ce ne sont pas les premiers coups qu’elle encaisse. Elle s’est entourée, au fil des années, d’une « épaisse carapace », qui se fissure uniquement en présence de ses amies proches.

Ingrid Dordain a grandi dans une petite ville près d’Amiens, dans le nord de la France. Après le bac, elle passe le concours d’éducateur spécialisé. « Je voulais aider les autres et travailler avec des handicapés ». Premier échec. S’ensuit des boulots à l’usine, au supermarché. Puis elle devient surveillante dans un lycée et s’inscrit en fac de sociologie à Amiens. Elle tombe amoureuse et, très vite, enceinte. Ingrid Dordain a 25 ans quand Lucie naît, en 2003. Le pédiatre lance une première alerte à ses 6 mois. « Je le prends très mal, je suis dans le déni », dit-elle. Mais elle observe Lucie et se rend compte qu’il faut beaucoup la stimuler, qu’elle ne soutient pas le regard. Le médecin ORL qui suit la petite fille, lui glisse un jour : « Je pense à l’autisme. » La claque. « Il y a 19 ans, l’autisme, c’était forcément la faute de la maman. Et moi, comme je travaillais, je continuais mes études en cours du soir, on m’a beaucoup fait culpabiliser. » Le couple se sépare, elle se retrouve mère célibataire. « Lucie était une vraie tornade, il fallait la surveiller constamment, c’était très compliqué. Quand je l’ai mise à l’école, cela s’est mal passé, je l’ai retirée. »

Diagnostic et culpabilité

Les mots « autisme atypique » sont posés en 2007, Lucie a 3 ans. Ingrid Dordain doit tout gérer de front : sa fille, le travail, les études, « car j’avais toujours cet objectif d’avoir mon diplôme d’éducatrice spécialisée », et elle suit une psychanalyse, « nécessaire ». Mais aussi le militantisme à la SATED, une association picarde pour les enfants autistes, qui soutient également les parents.

Hyperactive, tenace, « en mode survie », elle ne veut pas être « juste une maman ». Lucie est placée en hôpital de jour, puis en internat la semaine, dans un IME (institut médico-éducatif). Puis, Ingrid rencontre celui qui va devenir son mari, accouche d’une petite Romane, en 2009, et sa vie « se stabilise ». Un an plus tard, l’amour de sa vie meurt d’un cancer. Son regard se voile. « Je me retrouve de nouveau seule ». Le jugement de certains proches et de l’entourage revient. « On voulait de moi que je reste à la maison, mère au foyer, mais j’avais besoin d’avoir une vie professionnelle et de continuer le militantisme à la SATED. »

Avec l’association, dont elle a pris les rênes en 2009, elle lance le projet d’une maison SATED, un centre de loisirs adapté, qui permettrait aux enfants autistes de passer les week-ends et les vacances, sans leurs parents. « Mon travail de déculpabilisation se fait en aidant les autres à déculpabiliser. Le droit au répit pour les aidants commence, à cette époque, à être reconnu. » Avec son équipe, elle trouve les financements pour ce projet unique dans la région, tout en continuant en parallèle sa formation d’éducateur spécialisé. Avec des gros moments de doutes et de découragement. « Un jour, Lucie a jeté toutes les notes pour mon mémoire dans le bain. » En 2015, elle décroche le diplôme d’éducateur spécialisé tant espéré et un travail dans une association amiénoise d’insertion.

La politique pour faire remonter les besoins

Quand le Covid arrive, ce qu’elle a toujours refusé d’être, s’impose brutalement : « Je me retrouve avec Lucie et Romane à la maison, sans aide, je panique. » Pourtant, même si ce n’est pas toujours facile, car Lucie décompense à la suite de l’arrêt de ses soins, la quadragénaire se surprend à apprécier ces moments confinés. « J’ai compris que j’en étais capable. »

Elle laisse de côté son activité à la maison SATED, reprise par une structure plus grande, et s’engage en politique. « Le militantisme ne me suffisait plus, il faut faire remonter les besoins du terrain, dans le handicap, les aidants, l’insertion ». Elle trouve dans le parti de Barbara Pompili, affiliée à LaREM, « des valeurs communes, l’écoute sociale et écologique, avec une prise en compte de la réalité économique ». Une nouvelle fois, Ingrid Dordain fait le tri dans son entourage, qui ne comprend pas son choix, « car j’ai plutôt un profil de gauche ».

Issue de la société civile, sans aucune connaissance des codes en politique, le chemin n’est pas simple. D’autant que Lucie atteint la majorité, devient donc adulte, et elle bataille une nouvelle fois pour lui trouver une place dans un foyer de vie « où elle est heureuse ». Elle se laisse du temps pour se faire une place en politique et commencer à agir concrètement, pour « prévenir et sensibiliser sur l’autisme, mais aussi sur le handicap en général. Qu’on arrête de parler d’inclusion, les handicapés font partie de la société, on ne devrait pas avoir à se battre, par exemple, pour qu’ils aillent à l’école, comme tous les autres enfants ».



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