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grâce à la génération de Juliette Labous, le vélo français espère renouer avec la victoire


Juliette Labous lors de l’épreuve de cyclisme sur route des Jeux olympiques de Tokyo, le 25 juillet 2021.

Entre 1984 et 1989, « l’ancêtre » du premier Tour de France Femmes s’élançait (tôt) en lever de rideau des garçons et tournait à un duel franco-italien entre Jeannie Longo et Maria Canins. La Haute-Savoyarde a remporté les trois dernières éditions, mais, alors que l’épreuve renaît cette année, elle risque de devoir attendre encore pour trouver une héritière. Après des années de disette, le cyclisme féminin tricolore retrouve enfin l’appétit, mais pas assez pour rivaliser, pour cette première édition du nouveau Tour, avec la voracité des Néerlandaises (Demi Vollering, Annemiek van Vleuten) ou des Transalpines (Elisa Longo Borghini, Marta Cavalli).

« Ces deux pays dominent toujours, mais on voit cette saison un vrai frémissement du côté de nos coureuses. J’aurais été moins optimiste il y a deux ou trois ans », concède Marie-Françoise Potereau, vice-présidente de la fédération française de cyclisme. « On travaille mieux sur la formation et on verra les résultats dans les prochaines années », ajoute l’ancienne coureuse, qui a connu les années Longo.

L’entretien avec la directrice générale de l’UCI, Amina Lanaya : « Il y a un réel désir de pouvoir mettre en valeur autant les hommes que les femmes »

La dirigeante cite le nom de Juliette Labous comme incarnation de la relève française. A 23 ans, la Franc-Comtoise a changé de dimension cette saison avec un succès au Tour de Burgos et une victoire d’étape en montagne au Giro d’Italia (assortie d’une 9place au général). « Juliette cherchera à obtenir le meilleur résultat possible pour l’équipe au classement général », assure son directeur sportif au sein de l’équipe néerlandaise DSM, Albert Timmer.

Juliette Labous appartient à cette génération de coureuses nées entre 1998 et 2000 et arrivées au bon moment, celui de la professionnalisation du cyclisme féminin, à en croire Stephen Delcourt, manageur de l’équipe FDJ-Suez-Futuroscope. « Juliette Labous, Evita Muzic, Marie Le Net ou Clara Copponi chez nous sont tombées directement dans des équipes du World Tour [l’élite du cyclisme féminin, qui regroupe quatorze formations], très bien structurées à la sortie des juniors, note-t-il. Elles ont tout de suite bien pu s’entraîner et vivre du cyclisme. »

Le patron de la seule formation française en World Tour insiste sur l’impact de l’instauration du salaire minimum en 2020. « On a toujours eu des coureuses performantes chez les jeunes, mais elles ne trouvaient pas toujours la bonne structure pour passer professionnelle », poursuit-il, tout en saluant les efforts réalisés par Cofidis ou Arkéa pour développer leur version féminine.

S’illustrer « pour devenir des modèles »

Au début des années 2000, la France rate un premier virage, comme bloquée dans le modèle très individualiste d’une Jeannie Longo. Aux Pays-Bas, Rabobank investit – en plus de son équipe masculine – dans sa formation féminine. Pour les Françaises, la seule porte d’accès au monde professionnel est d’intégrer la structure Vienne-Futuroscope (actuelle FDJ-Suez) ou de partir à l’étranger comme Pauline Ferrand-Prévot, chez Rabobank.

Championne du monde sur route en 2014, « PFP » a été une locomotive sans trop de wagons derrière, à l’exception d’Aude Biannic (Movistar) ou d’Audrey Cordon-Ragot (Trek-Segafredo), aujourd’hui jeunes trentenaires. « En 2008, je suis partie d’une discipline amateure, pratiquée par des amatrices, racontait ainsi Audrey Cordon-Ragot à Ouest-France, le 23 février. Aujourd’hui, elle est professionnelle et je le suis devenue également. »

Si la Bretonne a fini par vivre de sa passion, d’autres l’avaient perdue en route. Le cas le plus célèbre est celui de Marion Rousse. La directrice du Tour femmes a rangé son vélo à 24 ans, « frustrée de ne pas arriver à joindre les deux bouts », malgré un titre de championne nationale trois ans plus tôt.

Lire aussi : Tour de France Femmes : Marion Rousse, madame la directrice

« A cette époque, les filles n’avaient pas de statut, ni de salaire assuré, rappelle Marie-Françoise Potereau. Avant, vous ne gagniez pas votre vie avec le vélo, à de rares exceptions près. La professionnalisation est en train de déclencher un phénomène de performance. »

Le public et les médias vont devoir mesurer leurs attentes. Si Stephen Delcourt voit « Labous capable de s’approcher du Top 5 » du Tour, ou Gladys Verhulst (Le Col-Wahoo) « jouer la gagne sur une étape », il rappelle qu’Evita Muzic (14e du Giro) sera au service des deux grimpeuses de son équipe, l’Italienne Marta Cavalli et la Danoise Cecilie Uttrup Ludwig.

« Les Françaises qui vont s’illustrer sur le Tour vont très vite devenir des modèles pour les jeunes filles, veut croire le manager de FDJ-Suez-Futuroscope. Cela peut être par des attaques, un maillot à pois, un bon classement général. » La victoire finale sera pour plus tard. Mais après tout, la France sait être patiente : du côté du Tour masculin, elle attend le successeur de Bernard Hinault depuis trente-sept ans.



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