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Au procès de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray, la Préfecture de police de Paris sur le grill


La tombe du père Jacques Hamel, dans le cimetière de la basilique de Bonsecours à Rouen, le 26 juillet 2021.

Pour un service de renseignement, c’est le cauchemar absolu. Se retrouver au tribunal à devoir raconter en détail et en public les processus de recueil d’une information, de validation, expliquer à qui elle est diffusée, pourquoi, quand, comment. Autant demander à Daft Punk de donner une conférence de presse à visage découvert… Le secret est la condition première de leur existence.

C’est pourtant l’exercice auquel ont dû se livrer la directrice et trois agents actuels ou anciens de la direction du renseignement de la préfecture de police de Paris (DRPP). Elle à visage découvert, eux par visioconférence et sous pseudonymes, ils ont témoigné, mardi 1er mars, devant la cour d’assises spécialement composée du tribunal de Paris afin de lever les ratés autour de l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), dans lequel le père Jacques Hamel a été tué dans son église par deux jeunes djihadistes et un paroissien, Guy Coponet, grièvement blessé, le 26 juillet 2016.

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Tout a débuté par la révélation, dans Mediapart, en janvier 2018, de l’existence d’une note de la DRPP sur Adel Kermiche, l’un des deux assassins du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray. Cette note, en date du 22 juillet 2016, aurait été postdatée au 26 juillet, le jour de l’attentat, afin de camoufler l’absence de transmission d’une information cruciale aux services judiciaires et policiers compétents pour empêcher Kermiche, alors en liberté conditionnelle sous bracelet électronique, de passer à l’acte avec Abdel-Malik Petitjean.

Volonté de dissimulation

Après chaque attentat majeur, les services de l’Etat se voient reprocher des « failles » ayant permis la commission de l’attaque. Et c’est bien le cas puisque chaque attentat est « un échec », comme l’a reconnu la directrice de la DRPP. Mais dans le cas de Saint-Etienne-du-Rouvray, c’est plus grave : il y aurait eu volonté de dissimulation. Une enquête préliminaire a été menée par le parquet en 2018 pour « faux » et « usage de faux ». Elle a été classée sans suite après une enquête de l’IGPN blanchissant la DRPP.

L’information a provoqué l’émoi compréhensible des parties civiles, la famille du père Hamel, celle de Guy Coponet ainsi que le diocèse de Rouen et deux associations de victimes du terrorisme. C’est donc à leur demande que cinq policiers de la DRPP ont été convoqués pour témoigner. Quatre d’entre eux ont répondu à la cour d’assises par un certificat médical justifiant d’un « état psychologique » les rendant inaptes à témoigner.

Cette annonce, au premier jour du procès, avait causé un tollé, tant du côté des parties civiles que de la défense, qui y ont vu une « dérobade ». Le président avait alors décidé de surseoir à statuer. Finalement, trois sur cinq se sont présentés. La directrice de la DRPP, Françoise Bilancini, s’est proposé de témoigner de son propre chef. « Pour assumer », a-t-elle expliqué. Mais les parties civiles la soupçonnent de vouloir verrouiller une version « officielle ». Elle n’a pris la direction de ce service qu’en 2017 et ne peut donc témoigner sur les faits.

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