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à Tchernihiv, zone frontalière avec la Russie et la Biélorussie, la population dans l’incertitude


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Les unités russes retournent-elles dans des casernes éloignées de l’Ukraine, comme le soutient Moscou ou s’agit-il de « petites rotations », comme l’affirme le président Zelensky ? La tension, en tout cas, ne retombe pas aux frontières de l’Ukraine. Reportage.

De nos envoyés spéciaux à Tchernihiv

Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, le chef de la diplomatie américaine, Antony Blinken a accusé Moscou de vouloir fabriquer un incident, pour attaquer l’Ukraine. La Russie mène aussi jusqu’à dimanche des manœuvres militaires conjointes avec la Biélorussie, près des frontières nord de l’Ukraine.

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Tchernihiv, ses 250 000 habitants, ses églises et ses monastères aux coupoles dorées classés au patrimoine de l’Unesco, pourrait être la première sur la route d’une opération militaire russe par le Nord. Elle se trouve à moins de 100 km des frontières russe et biélorusse. Au point de passage de Senkivka, surnommée « les trois sœurs », une route part vers la Biélorussie, une autre vers la Russie et une enfin vers l’Ukraine.

Tchernihiv (Ukraine): la ville est au carrefour de la Russie, de l'Ukraine et de la Biélorussie. Sur la photo du 16 février 2022, le poste frontière qui mène en Biélorussie.
Tchernihiv (Ukraine): la ville est au carrefour de la Russie, de l’Ukraine et de la Biélorussie. Sur la photo du 16 février 2022, le poste frontière qui mène en Biélorussie. AFP – SERGEI SUPINSKY

Côté ukrainien, le nombre de gardes-frontières a été renforcé et des équipes d’intervention ont été déployées. Ce lieu, qui du temps de l’Union soviétique et jusqu’à une période encore relativement récente, symbolisait l’amitié entre trois États – est devenu, du côté ukrainien, la première ligne de défense. À Tchernihiv même, on ne constate pas de présence militaire accrue dans la ville où la vie quotidienne continue de suivre son cours.

Région de Tchernihiv sur la carte de l'Ukraine.
Région de Tchernihiv sur la carte de l’Ukraine. © Division geographique de la direction des archives du ministère des Affaires étrangères

La population à distance de la guerre d’information

La population tente de se distancer de la guerre d’information que se livrent Russes et Occidentaux. Pas de panique, pas d’hystérie, mais on sent bien sûr, une inquiétude, une anxiété généralisée… On espère que la Russie va bien retirer ses hommes et son matériel militaire du territoire biélorusse dès la fin des exercices, prévue dimanche.

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Les autorités locales ont répertorié les abris anti-bombes de la ville. Une carte interactive permet de les localiser sur Internet. Ce sont essentiellement des caves, des sous terrains d’immeubles privés. 900 abris ont été recensés : c’est insuffisant, de l’avis même des responsables locaux.

Les autorités se préparent aussi à répliquer en cas d’attaque. L’armée a recruté quelque 4 000 civils volontaires dans la Force de défense territoriale de Tchernihiv, une réserve de destinée à appuyer l’armée régulière en cas d’invasion russe. Mais les moyens manquent. « Plusieurs pays livrent des armes et du matériel militaire et médical, mais pour l’instant, ça n’est pas arrivé jusqu’à nous », constate, sous couvert d’anonymat un membre de cette force de défense territoriale.

« L’Ukraine a mûri, l’armée s’est renforcée » 

À une dizaine de kilomètres de la frontière biélorusse, à Slavoutich, une ville qui a été construite à la fin des années 1980 pour reloger les milliers d’employés de la centrale de Tchernobyl, les autorités élaborent des plans d’urgence, font des réserves d’eau et de générateurs. Le maire Iouri Fomitchev s’inquiète aussi de l’état émotionnel de ses administrés en cette période d’incertitude… Pour beaucoup, ces gens ont connu le traumatisme d’avoir tout perdu, d’avoir dû quitter leur maison après l’explosion de la centrale. Mais cette fois, dit-il, au moins, nous ne nous sentons pas seuls.

« Ce moment sur le fil que nous vivons, est très délicat. Mais nous voyons à quel point le monde s’est uni autour de l’Ukraine. Je vais être franc, c’est très différent de ce que nous avons vu précédemment, lorsque l’Union européenne, les États-Unis et la Grande-Bretagne, se limitaient à faire part de leurs inquiétudes. Nous voyons qu’aujourd’hui, à la place de simples déclarations, nous recevons un véritable soutien, et notamment des armes », constate Iouri Fomitchev.

L’homme de poursuivre : « Ces pays ont aussi dit ouvertement ce qui se passerait en cas d’attaque. C’est un positionnement clair. Et c’est sûrement ce qui a manqué à l’Ukraine en 2014 pour ne pas perdre une partie de son territoire, voir le Donbass occupé, la Crimée annexée. Mais il faut dire que l’Ukraine était aussi très différente à l’époque. On ne s’est pas montré comme un État prêt à défendre notre souveraineté. Mais il me semble que l’Ukraine a beaucoup mûri sur ces huit années. »

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« L’Ukraine a mûri, l’armée s’est renforcée ». C’est le sentiment de vétérans de la guerre du Donbass rencontrés à Slavoutich, alors qu’ils organisaient des cours de première urgence médicale pour quelques jeunes volontaires. Pour autant, le maire ne se fait pas trop d’illusion : la ville est à 12 km de la frontière. « En cas d’attaque, on aura juste le temps d’aller se cacher dans les forêts des alentours », dit-il.

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